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Au cours de la dernière décennie,
la sensibilisation de plus en plus grande de l'opinion publique aux
problèmes environnementaux a conduit à remettre en question
l'utilisation systématique des lignes aériennes pour le
transport et la distribution de l'énergie électrique.
Les premières préoccupations étaient bien entendu
d'ordre esthétique. A celles-ci se sont ajoutées des craintes
pour la santé, en particulier pour les riverains des lignes à
Très Haute Tension (225.000 volts et 400.000 volts). La tempête
de fin 1999, avec ses 26.000 poteaux et pylônes détruits,
a mis l'accent sur un troisième aspect, qui est celui de la sécurité
de la distribution.
Où en sommes nous aujourd'hui ?
Le réseau
Le réseau français comprend environ 1,3 millions de km
de lignes, dont environ 100.000 km porteuses de Très Hautes Tensions
déjà citées et de Hautes Tensions (90.000 volts
et 63.000 volts), 560.000 km de Moyenne Tension (20.000 volts) et 637.000
km de Basses Tensions (380 volts et 220 volts).
Les inconvénients
Nous avons vu qu'ils touchaient trois domaines :
La sécurité de la distribution
Chacun de nous se souvient de la situation à la suite de
la tempête de fin 1999
L' esthétique
Il n'est même pas nécessaire de sortir des Mesnuls,
pour se rendre compte de quelle manière la ligne à 400.000
volts reliant Mezerolles à Villejust "agrémente"
le paysage de la plaine de Montfort
La santé
Sur ce point il y a beaucoup de controverses, car pour les organismes
officiels en charge de la santé, comme l'Académie Nationale
de Médecine, "il n'existe aucune preuve concluante que les
champs électromagnétiques soient à l'origine de
troubles de la reproduction et/ou du développement ou puissent
jouer chez l'homme un rôle dans l'initiation, la promotion ou
la progression de certains cancers, même si certaines données
expérimentales ne permettent pas de l'exclure formellement"
!!! (rapport remis au Ministère de l'industrie le 29 juin 1993).
Des études menées en Suède en 1992 concluaient
à des risques de leucémies pour des personnes résidant
en permanence à proximité (moins de 150 m) de lignes à
400.000 volts. De même, aux Etats-Unis, des chercheurs ont récemment
démontré que l'exposition aux champs magnétiques
favorisait l'introduction dans l'organisme des pollutions de toutes
natures
Les problèmes posés
par l'enfouissement
Ils sont principalement techniques et financiers ;
Aspect technique
Pour les Basses, Moyennes et Hautes Tensions, les techniques sont parfaitement
maîtrisées, les composants sont produits industriellement
et déjà très utilisés
Pour les Très Hautes Tensions, des solutions existent, la fabrication
des composants est maîtrisée et des réalisations
sont en place, mais sur des longueurs limitées. Il reste à
lancer la production à un niveau véritablement industriel.
Les techniques utilisées ont également un avantage qui
est de réduire le rayonnement électromagnétique
dans un facteur 50 par rapport aux lignes aériennes. En outre,
l'emprise au sol est 5 fois plus faible que pour une ligne aérienne
équivalente.
Aspect coûts
Ils constituent le principal obstacle à la généralisation
de l'enfouissement des lignes. Comparée à la solution
aérienne, la mise en souterrain des réseaux est plus coûteuse
dans des rapports d'environ :
- 3 pour le 63.000 et le 90.000 volts
- 5 pour le 225.000 volts
- 10 pour le 400.000 volts
Toutefois ceci ne tient pas compte des coûts de maintenance, beaucoup
plus faibles pour les lignes enterrées, ainsi que de la réduction
des pertes en lignes. En effet, les lignes à isolation gazeuze
(voir en fin d'article) ont une résistance 3 fois inférieure
à celle des meilleures lignes aériennes. Ainsi, à
terme, le bilan est beaucoup plus favorable. En outre le lancement de
la production à une échelle véritablement industrielle
pour la Très Haute Tension ferait également chuter très
sensiblement les prix. A cela s'ajoute l'intention d'EDF de porter la
résistance au vent de ses pylônes de 130 à 150 km/h,
ce qui va augmenter considérablement leur coût.
Quelle est la législation en
ce domaine ?
Comme le reconnaissait le rapporteur du Sénat à ce sujet,
à l'occasion du projet de loi de finances 1999, "le cadre
législatif est peu contraignant". Il est fixé par
la loi sur la protection de l'environnement 95-101 du 2 février
1995, qui est limitée aux installations nouvelles, et uniquement
lorsque les lignes traversent des réserves naturelles et des
sites classés. De plus elle admet la possibilité de dérogations.
En conséquence, dans la pratique, tout dépend de la bonne
volonté de l'EDF.
Que fait EDF ?
Consciente que la majorité de nos concitoyens souhaite la réduction
des lignes aériennes et surtout que l'on n'en crée pas
de nouvelles, et consciente de la pression des Associations de défense
de l'environnement, que celle-ci soit directe ou s'exerce par l'intermédiaire
des élus, l'EDF a commencé à prendre des mesures
pour réduire le réseau aérien.
C'est ainsi qu'en 1992 elle a signé avec l'Etat un premier protocole
de 4 ans en s'engageant à réduire le rythme des constructions
aériennes, à supprimer les lignes existantes devenues
inutiles et à enfouir 6 % des nouvelles lignes Haute Tension.
En fait, sur la période, ce taux a atteint 11 %, ce qui est mieux.
Mais, pendant le même temps, EDF a construit 375 km de lignes
à Très Haute Tension, totalement en aérien.
Un second protocole a été signé en mai 1997 pour
la période 1997-2000.
Tout ceci avance certes, mais doucement, et sur les 1,3 millions de
km de lignes, il n'y en a, à ce jour, que 337.000 km en souterrain
dont 770 km en 225.000 volts et seulement 2 km en 400.000 volts.
Un peu de technique
Les conducteurs de réseaux THT destinés à être
enfouis, font appel à la technique de l'isolement gazeux. Pour
du 400 KV par exemple, le câble est constitué d'un conducteur
central cylindrique en aluminium d'environ 250 mm de diamètre
et 14 mm d'épaisseur, maintenu par des entretoises au centre
d'une gaine en alliage d'aluminium d'environ 650 mm de diamètre.
L'isolement est assuré par un mélange d'azote et d'hexafluorure
de souffre (SF6) sous pression d'environ 4 bars.
Une ligne de 6 conducteurs peut ainsi être disposée dans
une tranchée de seulement 6,5 m de large. Rappelons qu'un pylône
pour 400 KV peut atteindre 45 m de haut sur 32 m de large.
Claude Goisneau
(source : bulletin SDM Novembre 2000)
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