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Un bien précieux
Si l'on peut qualifier la Terre de "planète bleue"
du fait que l'eau recouvre les trois quarts de sa surface, l'eau douce
n'en représente qu'une faible partie, soit 3 %. Ce chiffre passe
à moins de 1 % si l'on retire l'eau immobilisée dans les
glaces des pôles. Enfin n'oublions pas que la quantité
d'eau est la même depuis l'apparition de celle-ci sur Terre il
y a environ 3,4 milliards d'années.
Les besoins en eau augmentent deux fois plus vite que la population
mondiale. En effet, à cette croissance démographique est
associée une augmentation des terres irriguées et de l'irrigation
qui représente aujourd'hui 70 % du total des prélèvements
en eau. Pour la France, les ressources renouvelables disponibles couvrent
nos besoins même s'il existe des disparités d'une région
à l'autre et des variations dans le temps. Enfin la consommation
d'eau par jour et par habitant, hors besoins agricoles, varie de 300
litres aux Etats-Unis à quelques litres dans certains pays du
Tiers-Monde en passant par 150 litres en France.
Qui fait quoi ?
Il faut distinguer les prélèvements bruts (volumes d'eau
soustraits à la ressource) des consommations nettes (volumes
d'eau finalement non restitués).
Les prélèvements bruts représentent 40 milliards de m3 par an se répartissant
ainsi :
- le premier préleveur est le secteur énergétique (refroidissement des
centrales thermiques et nucléaires), dans les eaux de surface : 25 milliards
de m3 (62 %)
- vient ensuite l'alimentation en eau potable, la pression s'exerçant
aussi bien sur les ressources superficielles (40 %) que sur les nappes
(60 %) : 6 milliards de m3 (15 %)
- enfin, deux secteurs relativement équivalents : l'agriculture
avec 5 milliards de m3 (12 %) pour l'irrigation, dont les trois quarts
en eaux superficielles et l'industrie avec 4 milliards de m3 (11 %),
dont le tiers en nappes ; les impacts ne sont pas eux équivalents
: la demande agricole est saisonnière, au moment où la
ressource est la plus fragile (80 % des prélèvements locaux
estivaux sont d'origine agricole)
Les consommations nettes représentent 5,1 milliards de
m3 par an se répartissant ainsi:
- l'agriculture prend la première place avec 3,5 milliards de
m3 soit 68 % de la consommation nette annuelle concentrée sur
quelques mois
- l'alimentation en eau potable représente 1,2 milliards de m3
(24 %)
- l'industrie arrive au troisième rang des consommateurs avec
0,25 milliards de m3 (5 %)
- le secteur énergétique ferme la marche avec 0,15 milliards de m3 (3
%)
En ce qui concerne l'évolution des usages :
- les prélèvements industriels régressent régulièrement depuis les années
1980 (moins 3 % par an)
- les prélèvements destinés à l'alimentation
en eau potable diminuent globalement depuis les années 1990 (moins
1 % par an) et tendent à se stabiliser ; toutefois la pression
exercée sur les eaux souterraines s'accentue en raison de la
dégradation de la qualité des eaux superficielles
- à l'opposé, le secteur énergétique continue
d'accroître ses prélèvements en eaux superficielles
- l'irrigation évolue dans le même sens, en accentuant
particulièrement la pression exercée sur les eaux souterraines
La pollution
Les principaux contaminants de la pollution des eaux sont aujourd'hui
largement connus :
- les nitrates, très majoritairement liés aux pratiques
agricoles
- les phosphates, liés aux activités domestiques mais
aussi industrielles
- les contaminations micro biologiques qui concernent les eaux de baignade
et celles destinées à l'alimentation en eau potable
- les produits phytosanitaires ou "pesticides", largement
d'origine agricole
- les hydrocarbures, métaux et autres polluants chimiques, principalement
d'origine industrielle et urbaine
L'évolution de ces pollutions est alarmante :
- les pollutions par les nitrates s'aggravent, en particulier dans les
zones les plus vulnérables (activités agricoles intensives
en Loire Bretagne, Seine Normandie, Artois Picardie, Rhin Meuse) ; en
outre elles touchent de plus en plus de ressources souterraines, alors
que leur potentiel de récupération est très long
- du coté des phosphates un effort particulier est fait pour
réduire les rejets domestiques : les stations d'épuration
urbaines et industrielles les plus performantes atteignent des rendements
supérieurs à 80 % ; cependant azote et phosphore sont
à l'origine des processus d'eutrophisation (carence en oxygène)
qui asphyxient rivières, lacs et estuaires
- les pollutions bactériologiques sont la principale cause de
non-conformité de l'eau destinée à l'alimentation
humaine ; si la tendance générale est à l'amélioration,
notamment en eaux de baignade, la prolifération de cyanobactéries
et l'apparition de micro-organismes chloro-résistants montrent
qu'il faut rester vigilant
- la pollution par les pesticides constitue la seconde cause de non-conformité
de l'eau destinée à l'alimentation humaine ; la surveillance
des pesticides montre que toutes les eaux, qu'elles soient souterraines,
superficielles ou littorales sont concernées à des degrés
divers
L'évolution des normes
L'union européenne a adopté, le 3 novembre 1998, une nouvelle
directive "relative à la qualité des eaux destinées
à la consommation humaine". La France devra prendre les
mesures nécessaires pour garantir le respect de ces nouvelles
normes à compter du 25 décembre 2003. La nouvelle directive
introduit plusieurs innovations importantes, parmi lesquelles on retiendra
les points suivants :
- le contrôle de la qualité de l'eau s'effectuera au robinet
du consommateur
- la norme relative au plomb passera de 50 mg/l à 10 mg/l
- la concentration en nitrates passera de 50 mg/l à 10 mg/l en 2015
(elle était de 36 mg/l aux Mesnuls en 2000)
Conclusion
L'eau tend à devenir une ressource aussi importante
que le pétrole ou le gaz naturel. Elle est l'objet de batailles
économiques entre multinationales, de débats de société
sur la responsabilité des différents acteurs, voire de
conflits potentiels entre pays. Cependant les responsabilités
collectives ne doivent pas faire oublier les responsabilités
individuelles que chacun d'entre nous peut s'approprier dans sa vie
quotidienne. Les quelques exemples suivants de consommation en sont
l'illustration :
- lave-vaisselle : 25 à 40 litres
- douche de 4 à 5 minutes : 60 à 80 litres
- bain : 150 à 200 litres
- lavage de la voiture : 200 litres
- arrosage du jardin : 15 à 20 litres par m2
Soyons responsables : veillons à ne pas polluer
et à économiser l'eau
Pour en savoir plus :
Centre d'Information sur l'eau : www.cieau.com
La lettre eau : www.fne.asso.fr
Francis DAZIN
(source : bulletin SDM Juin 2002)
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